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Attention, article qui dévoile pas mal de trucs mais c'est con si tu le lis pas, tu vas rater tous les trucs super intéressants que je dis (hé ouais je te tutoie maintenant tavu, c'est moderne).

Voilà une nouvelle adaptation de bouquin, celui du même nom : La Route de l'amerloque Cormac Mc Carthy (auteur déjà adapté avec le pas dégueu No Country For Old Men). Cette fois, j'ai vu le film, mais pas lu le livre. Je n'ai pas trop de scrupules à faire les choses dans cet ordre car tout portait à croire que l'œuvre était très orienté sur l'ambiance (rien à voir avec un polar et son importance du fait). Parfait pour une transposition réussie sur grand écran et au vu de quelques critiques glanées à droite à gauche, la transposition l'était, réussie.

Alors quid de l'histoire ? C'est un père et son fils débarqués dans un univers apocalyptique. C'est vraisemblablement la suite logique à 2012 (mais je n'irai pas voir cette immense entreprise de racolage actif, j'en fais le serment ici même). La seule chose qui leur reste, c'est un infime espoir de survivre et ils vont tacher de s'y accrocher.

Les œuvres qui font giga réfléchir sur la condition humaine, vous savez, j'adore ça. Avec La Route, j'ai bien pris mon pied. Outre les conneries habituelles "la famille c'est important" et "on est rien sans pétrole", il y a trois grands thèmes bien particuliers qui sont développés avec subtilité tout au long du film. Un deux trois, les voilà :


    - D'abord, l'affrontement entre la réalité vécue et l'idéalisme utopique. C'est le père qui incarne le principe de réalité en rappelant constamment sa famille aux préceptes de survie. Le comble est qu'il cultive un look à la Jésus : la barbe fine, les yeux clairs, la maigreur provoquée par la faim. C'est tout au plus une version un peu plus musclée. Mais ce parallèle avec le fils de Dieu est sans doute voulu : le père développe un sens aigüe du sacrifice. Avec un peu d'imagination, on retrouve même la scène du banquet. De l'autre côté, le gamin incarne l'idéalisme. Le comble est que son paternel le compare à Dieu. Le père a donné la vie au gamin mais c'est le gamin qui donne vie au père en tant que représentant divin sur terre (putain c'est beau ce que je dis). Mais tout n'est pas si simple. Si du gamin rejaillit un idéalisme forcené, c'est parce qu'il est d'abord initié par son père (genre tu 'ois, la métaphore de Jésus qui rachète les hommes au yeux de Dieu).


    - L'autre thème, c'est la paranoïa. Dans un tel monde de merde, tout le monde se suspecte en permanence. Chacun voit en l'autre un survivant prêt à tout pour repousser l'échéance de son dernier soupir. Dès lors, c'est un beau merdier plein d'enculés, entre Mad Max et La Nuit des Morts-vivants. Dans ce contexte, le rapport gamin idéaliste/père réaliste prend toute son ampleur. Ils vont être sans cesse en confrontation :
Le gamin : "mais le monsieur il a faim, faut l'aider, c'est trop triste"
Le père : "à quoi ca sert de donner à manger à un gros enculé ???!!"
Je synthétise un poil. En extrapolant, c'est toute la symbolique de la différenciation gauche/droite ou France/Etats-Unis qu'on aborde là. C'est dire la puissance évocatoire des situations.

Mais ce qui est intéressant aussi, c'est la perte de lucidité engendrée par cette paranoïa exacerbée. Le film donne de belles illustrations qui montrent comment parfois la paranoïa peut rendre très con. Paradoxalement, il montre aussi qu'elle peut sauver la vie.... c'est tout le dualisme de l'existence (ce film fait vraiment giga réfléchir). Un exemple très révélateur est l'impression qu'ont la plupart des survivants d'être suivis en permanence : la question "pourquoi vous me suivez ?" posée à tort et à travers à la moindre personne qui apparait donne un caractère absurde aux rencontres. Le comble veut que les seules personnes qui en suivaient d'autres étaient en fait bienveillantes.


    - Le troisième thème, c'est la légitimité du suicide. Il y a tout un débat latent sur le caractère personnel de cet acte individuel et la juste volonté de s'autoterminer lorsque les conditions de vie deviennent insupportables (et par extension, ne s'agit il pas aussi de la légitimité de l'avortement ? (j'extrapole trop ce soir, c'est ouf)). Alors c'est sûr, rien à voir avec cette idiote de Kirsten Stewart qui veut mourir juste parce que, voilà, Robert, il est parti gnagnagna (faut pas t'étonner ma vieille, il est célèbre maintenant, il va se faire plein de gonzesses). Sur La Route (toute la sainte journée), le père va même enseigner le suicide à son fils malgré son obsession de survie, c'est dire à quel point il en considère la juste nécessité.


Donc voilà, si vous aimez les films qui font giga réfléchir, La Route est faite pour vous. Faut pas croire, La Route a aussi d'autres avantages. Si vous aimez les décors passionnément gris, elle peut vous plaire. Ça marche aussi si vous aimez les fesses de Vigo Mortensen. Là je m'adresse au lectorat féminin : enfin il y a une justice après tous ces instants pouf même si le profil est un peu maigrichon pour le coup. Plus globalement, Vigo Mortensen est très bon mais, je sais pas pourquoi, j'ai l'impression qu'on se tape ses fesses à chacun de ses films. Il aurait un côté pouf que ça m'étonnerait pas.
Kylord @ 11/12/09
 
 

11/12/09
Eh bien je cherchais un film à aller voir pour passer le temps en ce moment, celui-ci me parait bien indiqué.
J'avais beaucoup aimé "no country for old men", bon j'ai pas lu le livre et ce ne sont pas les frères Coen derrière la caméra, mais étant une adaptation du même auteur ça peut être sympa.
En parlant de no country, tu as lu le livre mon brave kylord ?


  page web

11/12/09
Que nenni. Il va sans dire que si cela avait été le cas, j'en aurais profité pour faire tout un tas de comparaisons un peu hâtives.


  page web

16/12/09
Bon, et la critique d'Avatar c'est pour quand ? Ou tu t'es spécialisé dans les adaptations ?


  page web

17/12/09
Laissons donc la fureur promotionnelle se tasser un peu. Même si elle gonfle un peu, je sens que le décryptage d'Avatar est potentiellement suffisamment lolant pour ne pas passer à côté.


 

17/12/09
Je suis d'accord, j'en ai franchement marre de toute cette médiatisation autour d'avatar, c'est le genre de chose qui me donne envie de tout sauf d'aller voir le film ! Je suis un peu comme ça moi, j'aime pas trop suivre les effets de mode.

 
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