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  Lofofora et sa mémoire de fou furieux 0 
D'un côté, il y a Avatar et son mirage de la nature indomptable et indéfléctible à laquelle les hommes doivent se soumettre. De l'autre, il y a la réalité de l'envrionnement qui en prend pour son grade et des réunions de Copenhague complètement foireuses tout juste bonnes à faire du chahut médiatique.

Alors je sais pas pourquoi, mais j'ai eu envie de chroniquer le dernier album de Lofofora et leur "Mémoire de singes". Peut être que l'idée m'est venue au souvenir du clip éponyme qui symbolise tout cela : une atmosphère de fin du monde dans une urgence chaotique avec quand même cette consolation de pauvre fou d'en avoir bien profité et de finir dans un grand show apocalyptique.

Et puis, j'avais loupé la chronique à la sortie et c'est vraiment nul de ma part. C'est d'autant plus vrai que cet album est une synthèse. Oui, je vais encore vous refaire le coup du groupe qui fait son bilan et renoue avec ses origines pour les transcender. Mine de rien, comme Liebe ist fur alle da pour Rammstein, Mémoire de singes est le 6ème album pour Lofofora. De là à développer une théorie fumeuse du 6ème album, il n'y a qu'un pas que je ne sauterai pas pour ne pas faire le chroniqueur vaniteux (même si c'est déjà trop tard).

Mais c'est que j'ai aussi des arguments. On a de tout ce qui fait Lofo dans Mémoire de Singes : la révolte du premier album, la claque de Peuh !, la désespérance de Dur Comme Fer, le fond et la forme de Le Fond et la Forme (hun hun) et le punk de Les Choses qui nous dérangent.

Rappelez-vous !
Chez Lofo, le premier morceau a toujours annoncé le ton. Sur Lofofora, le premier morceau Holiday in France marquait le ton adolescent. Sur Peuh !, Jazz Trash Assassin indiquait la claque à venir (j'insiste mais cet album reste une claque même à la 492329312ème écoute). Au secours annonçait l'âpreté de Dur comme Fer. Le posé premier morceau du Fond et la Forme soulignait la nouvelle production et la tangente qui avait été prise. Les Choses qui nous dérangent de l'album du même nom imprimait bien quant à lui la tonalité punk voulue. Là, Mémoire de Singes rassemble le tout avec un sentiment de détresse et de tension aiguë supplémentaire. Il s'agit bien de "Mémoire".


Lofofora renoue donc avec ses classiques. La religion et le nationalisme auront droit à leur crochet du droit en bonne et due forme. Cela sera Dernier Jugement pour la religion (le jugement dernier ? on appréciera la petite connotation apocalyptique pour assaisonner le tout) et Tricolore pour décrier les turpitudes patriotiques. Dans ce dernier morceau, il y a une petite facétie du chanteur Reuno. Il cite Einstein dans ses paroles avec comme une sorte d'étonnement. On ressent un peu la surprise du gars qui s'est retrouvé dans les propos d'un individu qu'il estimait a priori à milles lieues de lui de par son statut de génie scientifique (et aussi de par sa coiffure).

Rappelez-vous !
Concernant le principe religieux, cela fait longtemps que Lofo a pris ses distances. Dès le premier album éponyme, Reuno chantait "Arrêtez de croire aux divinités puissantes qui détiennent le pouvoir" dans Irie Style. Quant aux nationalismes xénophobes, Amnes History sur Peuh ! a fait figure d'avant garde sur le sujet mais ce n'est que récemment que Lofo y va franchement comme dans Aveugle et Sourd sur Les Choses qui nous dérangent.


Mais ce qui frappe surtout, ce sont la tension et l'écriture qui nous évoquent puissamment Dur comme Fer. Le bourrin Comme des bêtes, le génialissime et électrique Tous les Mêmes sont autant de morceaux qui rappellent furieusement Les Gens ou Au Secours. Le rapprochement est d'autant plus net qu'on retrouve la même contradiction que celle de Dur Comme Fer : à ces textes rêches et mordants, Reuno pose d'autres paroles aux antipodes comme sur Nous Autres ou Trop qui font l'éloge d'une possibilité d'évasion aux sombres décors précédemment décrits. On avait un grand écart similaire sur Dur comme Fer avec Weedo et PMGBO.

Rappelez-vous !
Il y a beaucoup de points de ressemblance dans les textes avec Dur comme Fer. C'est le cas avec La Belle Vie (une sorte de détournement de Plus belle la vie... hum hum). Le propos fait penser à Rêve et crève en démocratie. A l'époque, Reuno décrivait l'existence difficile d'un homme ayant quitté son pays pour venir en occident. Aujourd'hui, Reuno raconte le parcours calamiteux d'une femme aussi expatriée dans le rêve d'une vie meilleure. C'est la même histoire d'espoirs déçus avec peut être encore plus d'amertume qu'avant.


Mais cela serait bien triste si l'album n'était qu'une recompilation du passé même si habilement réalisée. On a heureusement de nouvelles choses. La première la plus stupéfiante (et pour cause... si vous voyez déjà ce que je veux dire) est cette franche fronde rigolarde envers le monde du travail. King Ju des Stupeflip est invité pour l'occasion dans un véritable défouloir sur Torture. C'est un peu bétasson mais qu'est ce que c'est bon ! Lofo fait preuve du même humour lapidaire sur Employé du Mois qui peut s'écouter avec délectation après tout entretien foireux en entreprise. Pour la petite histoire, le stupéfiant King Ju des Stupeflip a aussi réalisé la jaquette de l'album ; ce qui explique pourquoi Lofofora s'est détaché de ses habituelles pochettes en sobriété à la Daft Punk. On peut dire qu'il a bien servi l'affaire en termes d'avant goût d'apocalypse.

Depuis Le Fond et la Forme, Lofofora est un groupe qui s'offre aussi à l'intime. Il consacre ainsi la fin de l'album à des textes plus intérieurs. Dans Nuit Blanche, Reuno s'attache à garder une dimension poétique malgré la musique toujours aussi chargée d'énergie métale. Peut être que ce contexte lui sert à y "voir toujours mieux qu'en plein jour". Sur 5h43, il s'inscrit là dans une fiction en hommage à son ami Sarkozy (la prophétie annoncée du 6 mai 2008 ne s'est visiblement pas accomplie puisque Reuno est toujours en liberté). A l'image du discours existentiel, la musique est alors plus torturée, moins frontale que les premiers morceaux.

Mais je ne finirai pas cet article sans vous parler du point d'orgue de l'album qu'est le titre Nobody's Perfect. Tiens, voilà de l'anglais qui pointe son nez. Je vous parlais de Rammstein au début de cet article et justement, comme Rammstein, Lofofora joue aussi d'ironie avec l'anglais. Quand Reuno dit que "personne n'est parfait", c'est un sacré euphémisme. Il s'en prend là au déterminisme avec une amertume jamais vue auparavant : "Chacun sa caste ! Tous dans la secte !". Et de rajouter : "Puisqu'on s'y fait, soyons heureux ! Vivons cachés ! Même un jour sur deux !". Le passé nous montre que le parallèle que je fais avec Rammstein et l'anglais n'arrive pas fortuitement. Lofofora n'attaquait-il pas frontalement les USA dans Nouveau Monde tandis que Rammstein s'en est occupé avec Amerika ? "Toutatuneraison", comme me disait un grand ami philosophe.
Kylord @ 23/01/10
 
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