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La Rumeur

La Rumeur se répand en rap noir à tous les niveaux (et sans ...
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  De la belle musique de tueur 0 
Un article pour la Saint Valentin ? Ça serait bien le premier. Oserait on surfer sur le merchandising de l'amour sur mondedemerde.net ? Mais non, pas de panique. Comme à l'accoutumée je vais vous proposer une chronique aux motivations obscures et à la direction hasardeuse. Je sens bien que je vous perds ces temps-ci chers lecteurs complices (vous avez une petite mine, vous m'avez l'air un peu abattus) mais, tant pis, je persiste. C'est ça aussi le journalisme total.

Cela dit, le premier alter-mondialiste venu aura tôt fait de remarquer que, à partir du moment où j'évoque la Saint Valentin, j'ai déjà perdu la bataille contre le capitalisme de marché récupérateur de toute chose puisqu'il suffit de mentionner la moindre célébration mercantile pour que le monstre puisse grossir toujours et encore. N'y a-t-il pas toujours des marques qui font leur com' sur l'alternative et la dérision sur l'événement ?

Enfin, dans le fond, je m'en contrefous de tout ça. Le train du marketing et de la publicité roule sur les rails de mon indifférence (contrairement à l'alter qui va passer son temps à glorifier son ennemi par son adversité persistante). Donc c'est moi qui gagne finalement, tralalère.

Bref ! Il n'empêche qu'il s'agit de chroniquer aujourd'hui un album qui va complètement à contre courant de la Saint Valentin. L'œuvre en question date de 1999 et a été composée par le groupe Tue-Loup dont les membres, à ma connaissance, ne sont pas chasseurs et n'ont rien contre Ladyhawke (ceux qui ont compris cette référence sont super balaises). Peut être ont-ils plutôt l'ambition démesurée de faire taire le loup qui est tapis en chacun de nous par la grâce de leur musique... ohoh...

Parlons donc de La Belle Inutile car ainsi s'intitule l'œuvre. Belle, oui. Inutile, rien n'est moins sûr. Bon, en fait, c'est d'abord le nom d'un hameau de la Sarthe. Mais comme je l'ai lu distraitement sur l'internet des jeunes il y a peu, "on n'y revient bien trop souvent pour que cela soit par hasard" (l'album, pas le hameau). La formule est très juste et je m'en va vous expliquer pourquoi. C'est en effet un rock construit autour de rythmes apaisants ou languissants, qui ne crient gare, mais qui sont habillés de guitares pénétrantes et d'un chant lourd de significations, sardonique au possible. Plus on y revient, plus on écoute, plus on saisit la densité de chaque temps, de chaque reprise.

Le premier morceau, La Purge, en dit long. Il s'agit pour le chanteur de "purger toute cette connerie". Tout cela s'annonce comme un avertissement en avant-garde des morceaux suivants qui vont partir de plus en plus en exploration des coins obscurs de l'âme. C'est à dire que le chanteur s'annonce déjà comme un porc dans une histoire de ménage à trois.

Mais voilà que l'ambiance de l'album m'habite à nouveau et je suis épris par son atmosphère. Oh lassitude, je m'enterre dans ton royaume. Je suis las comme cet album, mais d'une lassitude éclairée, d'une lassitude qui m'emplit de lucidité (qu'est ce qu'on ferait pas pour justifier le plaisir de l'indolence). Je m'alanguis à l'écoute des guitares car vient déjà le morceau clé du recueil : Merlin. C'est le moment de se faire les pires scélérats du monde : les marchands d'illusions. On pendra Merlin pour l'exemple. Merlin l'enchanteur, tout à fait. Vous savez quoi ? Je sens que ça sent le sapin pour lui. On va l'abattre de dos dans une forêt. Il fera moins le malin. On fera son affaire au son d'une guitare lente mais affutée et incisive. Qu'il sente bien sa douleur. On se délectera de sa souffrance en gémissant des propos incompréhensibles. Oh oui, c'est bon comme ça. On va l'abattre !

Mais tout n'est pas si facile car déjà la culpabilité ronge Tue-Loup qui, au son d'une chanson ironiquement solennelle, veut rayer des noms de son calepin (un calepin en 1999 ?.. hum m'étonnerait qu'ils soient passés sur Facebook depuis). Mais Tue-Loup n'a pas l'air d'y arriver. Alors Tue-Loup va préférer se relâcher dans une musique très lente de façon totalement décomplexée : c'est le Khamsin. L'oxymore indique qu'on est pas à une contradiction près car, pour tourner au ralenti, avachi dans la paresse, je ne crois pas avoir encore trouvé mieux : "je préfère m'assoir.... à défaut..... d'autre chose....". C'est magnifique.

Mais l'avantage, quand on glandouille, est que l'envie de partir en vrille est alors décuplée. Blaise Pascal y voit plutôt lui un problème en plaidant que "tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre". Mais je le soupçonne d'être un poil relou comme mec. Les zikos de Tue-Loup vont quant à eux partir dans une jolie vrille en triple axel double piqué sur Ta Loche. Hmmm il y est encore question de gens cocus. Décidément, y'a l'air d'avoir anguille sous roche.

Ne nous attardons pas car s'ensuivent déjà des morceaux moins stylisés mais plus profonds. Ils associent des paroles mêlant défiance, cynisme, amertume, acidité, à la beauté poétique indéniable, avec des guitares orchestrées très habilement pour dramatiser les montées, les chutes, les pauses. S'enchainent La Mare, Santa Fé, Le Cri de la Chouette entre desquels se glissent de subtils interludes. Les pensées les plus alambiquées, les turpitudes les plus incongrues sont décortiquées et semblent consumer l'esprit indéniablement jusqu'à L'épou. Quant vient l'épou, on a atteint le fond du trip masochiste. Mais, épou ou épou... vantail ?

Avant le résigné Tous A la même enseigne, peut être le morceau le moins percutant (et qui revêt à ce titre un ironique double sens), Tue-Loup se redresse dans un ultime soupir dans Gorky comme le dernier râle d'une tentative désespérée d'adresser un message. La guitare trouve même là un compagnon dans la figure d'un violon.

De bout en bout, La Belle Inutile est sombre et, pourtant, c'est la félicité qui marque son écoute. C'est la grâce de la musique.
Kylord @ 14/02/10
 
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